Organisées par l'ADRpsy, avec le soutien du GRIEPS
La psychiatrie est une discipline
traversée par une question persistante : où se situe le danger ? Mais aussi :
quel est le danger, et pour qui ? Est-il dans les symptômes, dans les
personnes, dans les institutions, dans la société, ou parfois dans les réponses
que nous élaborons pour y faire face ?
Depuis son origine, la psychiatrie
entretient un rapport étroit avec la notion de danger. Longtemps associée à la
gestion du risque et à la protection de la société, la discipline s’est
construite dans un équilibre fragile entre soin, responsabilité et contrôle.
Aujourd’hui encore, la question de la dangerosité demeure au cœur des
représentations sociales de la maladie mentale, mais aussi des pratiques
cliniques, institutionnelles et politiques.
Dans les débats publics comme dans la
littérature scientifique, la dangerosité est souvent envisagée à travers le
risque de passage à l’acte. Pourtant, la clinique psychiatrique révèle que les
dangers sont multiples et qu’ils ne se situent pas uniquement là où on les
attend.
Les situations de crise suicidaire, les
risques somatiques encore trop souvent sous-estimés chez les personnes vivant
avec un trouble psychique, les phénomènes d’ombrage diagnostique[1],
le manque d’offre de soins ou encore les effets indésirables parfois sévères
des traitements psychotropes témoignent de la complexité des risques auxquels
sont confrontées les personnes concernées et les professionnel·les.
Mais ces réflexions invitent également à
déplacer la question. Plutôt que de se demander uniquement ce qui serait
dangereux, il s’agit aussi d’interroger ce qui dérange. C’est dans cette
perspective que nous proposons de mobiliser la notion de dérangerosité[2],
néologisme forgé par les personnes concernées pour désigner le fait que ce qui
motive fréquemment les demandes d’intervention et de coercition psychiatriques
relève moins d’une dangerosité au sens juridique que d’un dérangement perçu à
l’ordre social, institutionnel ou relationnel.
Cette notion invite à penser de manière
symétrique les rapports de pouvoir : une personne hospitalisée peut être dite
dérangeante pour un service, tout comme un·e professionnel·le peut devenir
dérangeant·e pour une organisation lorsqu’il ou elle questionne des routines,
des protocoles ou des normes établies.
À partir
de là, la dérangerosité peut aussi être envisagée comme une fonction critique
du soin, de la clinique et de la recherche : ce qui dérange les évidences,
déplace les cadres établis et ouvre des espaces de pensée. Elle invite ainsi à
interroger les représentations stigmatisantes, à questionner les normes
institutionnelles et les logiques sécuritaires lorsqu’elles entravent le soin,
et à réaffirmer les dimensions humaines, sociales et politiques de la
souffrance psychique. Elle peut enfin se manifester sous forme de résistances
cliniques, scientifiques ou éthiques, à travers des pratiques ou des
initiatives qui déplacent les frontières habituelles du soin.
La question du danger
s’envisage à travers le vécu des personnes concernées. L’expérience de la
stigmatisation, la difficulté à dévoiler un trouble psychique ou la crainte de
ses conséquences sociales peuvent constituer des sources majeures de
vulnérabilité. L’hospitalisation elle-même, qui devrait être exclusivement
pensée comme un espace de protection et de soins, est parfois vécue comme une
expérience traumatique.
Le danger
ne réside pas seulement dans les symptômes ou les comportements, mais peut
aussi émerger des dispositifs de soin et de leurs effets sur les personnes : usages disproportionnés de la contrainte ou restrictions durables de
droits et d’autonomie.
La
relation thérapeutique n’échappe pas à ces tensions. Le lien de soin, espace de
rencontre et de confiance, engage des formes de vulnérabilité réciproques. Les
professionnel·les doivent composer avec des situations complexes où se croisent
gestion du risque, responsabilité clinique et respect de l’autonomie. À cela
s’ajoute la question des rapports de pouvoir inhérents à la psychiatrie.
Par
ailleurs, les transformations contemporaines des politiques de santé mentale
reconfigurent ces enjeux. Le développement d’approches centrées sur la
prédiction du risque, l’extension de logiques sécuritaires ou la tentation de médicaliser certains comportements jugés inquiétants
interrogent profondément la place du soin. Lorsque la peur sociale devient un
moteur de catégorisation, il existe un risque de voir la psychiatrie mobilisée
comme instrument de régulation de conduites perçues comme menaçantes, au
détriment de sa vocation thérapeutique. La frontière entre espaces de soin et dispositifs de contrainte tend
alors à se resserrer, évoquant parfois la figure d’institutions hybrides entre
hôpital et prison.
Ces
évolutions interrogent également la place et les conditions de la recherche en
soins en psychiatrie. Les contraintes institutionnelles, la standardisation
croissante des pratiques scientifiques ou la fragilisation des espaces de
pensée critique peuvent limiter la capacité des chercheur·es à interroger les
évidences et à explorer des approches alternatives. Dans ce contexte, la
liberté de la recherche et la pluralité des perspectives apparaissent comme des
enjeux essentiels pour maintenir une psychiatrie réflexive et vivante.
La
question du danger peut enfin être abordée sous l’angle de l’histoire et de la
mémoire. L’histoire de la psychiatrie rappelle combien les pratiques de soin
sont façonnées par des contextes politiques, sociaux et institutionnels,
parfois marqués par des logiques de contrôle et de contrainte. Le danger de
l’oubli est réel : perdre la mémoire de ces expériences expose au risque de
voir se réactiver, sous des formes renouvelées, certaines pratiques ou tensions
non interrogées. Cette perspective invite ainsi à une vigilance critique,
attentive aux héritages professionnels et aux dynamiques de pouvoir qui
continuent de traverser le champ psychiatrique.
Ces
interrogations sont au cœur de ces 10èmes Rencontres de la recherche en soins
en psychiatrie. Nous proposons d’explorer la question « où est le danger ? » en
croisant les perspectives du vécu, de la clinique et de la recherche, tout en
interrogeant la place de cette possible dérangerosité dans les pratiques
contemporaines.
Ces
journées visent à favoriser le dialogue entre chercheur·es, soignant·es,
étudiant·es et personnes concernées afin de partager expériences, travaux et
réflexions autour des enjeux actuels de la psychiatrie.
Ces
10èmes rencontres, organisées par l’ADRpsy et le Grieps, poursuivent l’ambition
de constituer un espace indépendant de partage et de réflexion autour de la
recherche en soins en psychiatrie. Dans un contexte souvent marqué par des
contraintes institutionnelles et des conditions d’exercice difficiles, ces
journées ont pour vocation de rassembler des professionnel·les curieux·ses,
engagé·es et créatif·ves, qui développent leurs travaux malgré les obstacles.
À travers
la présentation de recherches, d’expériences cliniques ou vécues, et de
réflexions théoriques, ces rencontres souhaitent nourrir la réflexion
collective et soutenir l’évolution des pratiques de soin.
Interroger le danger en psychiatrie,
c’est peut-être aussi accepter que la clinique, la recherche et la pensée
critique aient parfois pour fonction de déranger.
A venir
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Tarifs préférentiels jusqu'au 31/12/2026
Note : Le repas du midi est compris dans la prestation pour tous les inscrits.
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