31 MARS — 2 AVRIL 2027 | ÉCULLY

10èmes Rencontres pour la Recherche en Soins en Psychiatrie

Organisées par l'ADRpsy, avec le soutien du GRIEPS

L'Argumentaire

Vécu, clinique, recherche en psychiatrie : où est le danger ?

La psychiatrie est une discipline traversée par une question persistante : où se situe le danger ? Mais aussi : quel est le danger, et pour qui ? Est-il dans les symptômes, dans les personnes, dans les institutions, dans la société, ou parfois dans les réponses que nous élaborons pour y faire face ?

Depuis son origine, la psychiatrie entretient un rapport étroit avec la notion de danger. Longtemps associée à la gestion du risque et à la protection de la société, la discipline s’est construite dans un équilibre fragile entre soin, responsabilité et contrôle. Aujourd’hui encore, la question de la dangerosité demeure au cœur des représentations sociales de la maladie mentale, mais aussi des pratiques cliniques, institutionnelles et politiques.

Dans les débats publics comme dans la littérature scientifique, la dangerosité est souvent envisagée à travers le risque de passage à l’acte. Pourtant, la clinique psychiatrique révèle que les dangers sont multiples et qu’ils ne se situent pas uniquement là où on les attend.

Les situations de crise suicidaire, les risques somatiques encore trop souvent sous-estimés chez les personnes vivant avec un trouble psychique, les phénomènes d’ombrage diagnostique[1], le manque d’offre de soins ou encore les effets indésirables parfois sévères des traitements psychotropes témoignent de la complexité des risques auxquels sont confrontées les personnes concernées et les professionnel·les.

Mais ces réflexions invitent également à déplacer la question. Plutôt que de se demander uniquement ce qui serait dangereux, il s’agit aussi d’interroger ce qui dérange. C’est dans cette perspective que nous proposons de mobiliser la notion de dérangerosité[2], néologisme forgé par les personnes concernées pour désigner le fait que ce qui motive fréquemment les demandes d’intervention et de coercition psychiatriques relève moins d’une dangerosité au sens juridique que d’un dérangement perçu à l’ordre social, institutionnel ou relationnel.

Cette notion invite à penser de manière symétrique les rapports de pouvoir : une personne hospitalisée peut être dite dérangeante pour un service, tout comme un·e professionnel·le peut devenir dérangeant·e pour une organisation lorsqu’il ou elle questionne des routines, des protocoles ou des normes établies.

À partir de là, la dérangerosité peut aussi être envisagée comme une fonction critique du soin, de la clinique et de la recherche : ce qui dérange les évidences, déplace les cadres établis et ouvre des espaces de pensée. Elle invite ainsi à interroger les représentations stigmatisantes, à questionner les normes institutionnelles et les logiques sécuritaires lorsqu’elles entravent le soin, et à réaffirmer les dimensions humaines, sociales et politiques de la souffrance psychique. Elle peut enfin se manifester sous forme de résistances cliniques, scientifiques ou éthiques, à travers des pratiques ou des initiatives qui déplacent les frontières habituelles du soin.

La question du danger s’envisage à travers le vécu des personnes concernées. L’expérience de la stigmatisation, la difficulté à dévoiler un trouble psychique ou la crainte de ses conséquences sociales peuvent constituer des sources majeures de vulnérabilité. L’hospitalisation elle-même, qui devrait être exclusivement pensée comme un espace de protection et de soins, est parfois vécue comme une expérience traumatique.

Le danger ne réside pas seulement dans les symptômes ou les comportements, mais peut aussi émerger des dispositifs de soin et de leurs effets sur les personnes : usages disproportionnés de la contrainte ou restrictions durables de droits et d’autonomie.

La relation thérapeutique n’échappe pas à ces tensions. Le lien de soin, espace de rencontre et de confiance, engage des formes de vulnérabilité réciproques. Les professionnel·les doivent composer avec des situations complexes où se croisent gestion du risque, responsabilité clinique et respect de l’autonomie. À cela s’ajoute la question des rapports de pouvoir inhérents à la psychiatrie.

Par ailleurs, les transformations contemporaines des politiques de santé mentale reconfigurent ces enjeux. Le développement d’approches centrées sur la prédiction du risque, l’extension de logiques sécuritaires ou la tentation de médicaliser certains comportements jugés inquiétants interrogent profondément la place du soin. Lorsque la peur sociale devient un moteur de catégorisation, il existe un risque de voir la psychiatrie mobilisée comme instrument de régulation de conduites perçues comme menaçantes, au détriment de sa vocation thérapeutique. La frontière entre espaces de soin et dispositifs de contrainte tend alors à se resserrer, évoquant parfois la figure d’institutions hybrides entre hôpital et prison.

Ces évolutions interrogent également la place et les conditions de la recherche en soins en psychiatrie. Les contraintes institutionnelles, la standardisation croissante des pratiques scientifiques ou la fragilisation des espaces de pensée critique peuvent limiter la capacité des chercheur·es à interroger les évidences et à explorer des approches alternatives. Dans ce contexte, la liberté de la recherche et la pluralité des perspectives apparaissent comme des enjeux essentiels pour maintenir une psychiatrie réflexive et vivante.

La question du danger peut enfin être abordée sous l’angle de l’histoire et de la mémoire. L’histoire de la psychiatrie rappelle combien les pratiques de soin sont façonnées par des contextes politiques, sociaux et institutionnels, parfois marqués par des logiques de contrôle et de contrainte. Le danger de l’oubli est réel : perdre la mémoire de ces expériences expose au risque de voir se réactiver, sous des formes renouvelées, certaines pratiques ou tensions non interrogées. Cette perspective invite ainsi à une vigilance critique, attentive aux héritages professionnels et aux dynamiques de pouvoir qui continuent de traverser le champ psychiatrique.

Ces interrogations sont au cœur de ces 10èmes Rencontres de la recherche en soins en psychiatrie. Nous proposons d’explorer la question « où est le danger ? » en croisant les perspectives du vécu, de la clinique et de la recherche, tout en interrogeant la place de cette possible dérangerosité dans les pratiques contemporaines.

Ces journées visent à favoriser le dialogue entre chercheur·es, soignant·es, étudiant·es et personnes concernées afin de partager expériences, travaux et réflexions autour des enjeux actuels de la psychiatrie.

Ces 10èmes rencontres, organisées par l’ADRpsy et le Grieps, poursuivent l’ambition de constituer un espace indépendant de partage et de réflexion autour de la recherche en soins en psychiatrie. Dans un contexte souvent marqué par des contraintes institutionnelles et des conditions d’exercice difficiles, ces journées ont pour vocation de rassembler des professionnel·les curieux·ses, engagé·es et créatif·ves, qui développent leurs travaux malgré les obstacles.

À travers la présentation de recherches, d’expériences cliniques ou vécues, et de réflexions théoriques, ces rencontres souhaitent nourrir la réflexion collective et soutenir l’évolution des pratiques de soin.

Interroger le danger en psychiatrie, c’est peut-être aussi accepter que la clinique, la recherche et la pensée critique aient parfois pour fonction de déranger.



[1] Lisa Iacobucci (2021). Diagnostic overshadowing: worse physical health care for people with mental illness. BMJ, 372:n141

[2] AGIDD-SMQ (2013). La garde en établissement : guide d’information et de réflexion. Montréal

Programme Prévisionnel

Jour 01

31 Mars 2027

09h00

A venir

Jour 02

1er Avril 2027

09h30

A venir

Jour 03

2 Avril 2027

10h00

A venir

Tarifs du Congrès

Tarifs préférentiels jusqu'au 31/12/2026

Individuel

PréférentielXXX
StandardXXX
ÉtudiantXXX

Formation Continue

PréférentielXXX
StandardXXX

Soirée Festive

Participation XX

Note : Le repas du midi est compris dans la prestation pour tous les inscrits.

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Lieu Valpré Lyon, 1 Chemin de Chalin, 69130 Écully
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